Marco Tosatti
Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, voici le quatrième volet de l’essai de Sergio Russo, que nous remercions, sur la Declaratio de Benoît XVI. Vous trouverez les volets précédents à ce lien , à celui-ci et à celui-là. Un grand merci à Louis Lurton pour la traduction. Bonne lecture et bonne diffusion.
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LA DECISIO (DECLARATIO) DE BENOÎT XVI
EST LE PLUS GRAND ACTE ESCHATOLOGIQUE
JAMAIS ACCOMPLI DANS L’ÉGLISE
DEPUIS LA RÉDEMPTION DU CHRIST…
ET NOUS EXPLIQUONS POURQUOI – 4°
« Voici que je fais une chose nouvelle;
elle germe maintenant,
ne la voyez-vous pas ?»
(Isaïe 43, 19)
Dans l’article précédent, nous avons souligné comment Benoît XVI avait, selon ses propres dires, avec la Declaratio/Decisio, accompli un geste sans précédent, qui a changé le cours de l’histoire…
En fait, Benoît XVI déclare explicitement (dans le livre Dernières Conversations, page 31) qu’“aucun pape n’a démissionné depuis mille ans”, c’est-à-dire qu’aucun pontife n’a “renoncé” au cours du deuxième millénaire – et pourtant trois l’ont fait ! – Les Annales de l’histoire de l’Église le rapportent :
Grégoire XII a abdiqué en 1415, pendant le Schisme d’Occident ; mais avant lui :
Célestin V a abdiqué en 1294 (immortalisé par Dante Alighieri dans la Divine Comédie) ; et même avant lui :
Benoît IX a abdiqué en 1045.
Il est donc évident que le pape Ratzinger, avec le terme “démission” (faisant référence, entre autres, à… sa propre démission !), entend quelque chose de tout à fait différent.
Et Benoît poursuit en affirmant que “même au premier millénaire, c’était une exception”. Mais même dans ce cas, les Annales nous disent que :
Clément I a renoncé au pontificat en 97 (bien que les historiens ne soient pas tous d’accord sur ce point) ;
Pontien l’a fait en 235 ;
Siverius y fut contraint en 537.
Par conséquent, même durant le “premier millénaire”, car ce sont des faits historiques, de telles “démissions” ne sont en aucun cas une exception…
Si, toutefois, nous prenons pour hypothèse que Benoît XVI soit entré en siège empêché, une question que le Dr Cionci a louablement abordée, nous découvrons que Benoît VIII, près de mille ans plus tôt, a traversé une situation similaire à celle de son successeur : lorsque ce pontife obtint le munus pétrinien, son ministerium lui fut retiré, et ce n’est que plus tard, grâce à l’intervention de l’empereur Henri II, qu’il put réunir charisme et fonction, et ainsi exercer pleinement son pouvoir pontifical. Pourtant, même dans ce cas de “siège empêché”, les Annales sont claires :
Vigile l’a subi, contraint par son séjour forcé à Constantinople au VIe siècle ;
Pie VI a été déporté en France en 1799 ;
Pie VII a été détenu de 1809 à 1814.
Rappelons une fois de plus que, dans cette étude de la Declaratio/Decisio, nous travaillons à trois niveaux : le niveau philologico-littéral, qui nous permet d’examiner chaque terme individuellement au moyen d’une traduction précise, qui privilégie toutefois la terminologie latine d’usage ecclésiastique plutôt que le latin classique et littéraire ; et le niveau strictement juridique, où – en l’occurrence, pleinement conscients de la précision et de l’exactitude des Canons du Droit Canonique – ces mêmes déclarations papales sont néanmoins reprises et analysées dans toute leur portée spirituelle, c’est-à-dire en tenant compte du “pouvoir des clés”, qui est celui de “lier et délier”. Et enfin, le niveau prophético-eschatologique, car ce niveau, loin d’être une sorte de “sables mouvants” (comme certains le croient à tort), est au contraire presque un “test décisif” immatériel, capable de révéler la merveilleuse concordance entre les grands événements, tant ecclésiastiques que géopolitiques, et les prophéties les plus célèbres, jalousement conservées dans le trésor de notre Sainte Mère l’Église. Ainsi donc, de peur que nous n’entendions jamais ce que le Seigneur Jésus a dit – à nous aujourd’hui, au plus profond de notre conscience – aux disciples d’Emmaüs : « Ô hommes insensés et endurcis, de ne pas avoir cru tout ce qu’ont dit les Prophètes !»
Nous voici arrivés à l’avant-dernier épisode, et tout en remerciant une fois de plus Marco Tosatti pour l’aimable hospitalité qu’il nous a réservée sur son blog (pour lequel il existe un accord tacite de ne pas dépasser cinq articles), nous devons maintenant nécessairement remettre les rames dans la barque, réservant pour le dernier épisode la mention d’un livre qui contiendra l’étude complète de la Declaratio/Decisio, dont Benoît XVI a toujours affirmé qu’elle était: un fait inédit, capable de changer le cours de l’histoire à jamais…
Nous ferons cependant précéder notre traduction du texte latin, tel qu’il est dans sa formulation originale, c’est-à-dire celui remis le 11 février 2013 par Benoît XVI aux cardinaux réunis en Consistoire pour voter plusieurs causes de canonisation. Nous joignons également, une fois de plus, la vidéo originale du discours de cette journée mémorable, une vidéo désormais presque impossible à trouver en ligne :
https://www.youtube.com/watch?v=tuuUcIrd2AU&ab_channel=FamigliaCristiana
Fratres carissimi,
Non solum propter tres canonizationes ad hoc Consistorium vos convocavi, sed etiam ut vobis decisionem magni momenti pro Ecclesiae vita communicem. Conscientia mea iterum atque iterum coram Deo explorata ad cognitionem certam perveni vires meas ingravescente aetate non iam aptas esse ad munus Petrinum aeque administrandum.
Bene conscius sum hoc munus secundum suam essentiam spiritualem non solum agendo et loquendo exsequi debere, sed non minus patiendo et orando. Attamen in mundo nostri temporis rapidis mutationibus subiecto et quaestionibus magni ponderis pro vita fidei perturbato ad navem Sancti Petri gubernandam et ad annuntiandum Evangelium etiam vigor quidam corporis et animae necessarius est, qui ultimis mensibus in me modo tali minuitur, ut incapacitatem meam ad ministerium mihi commissum bene administrandum agnoscere debeam. Quapropter bene conscius ponderis huius actus plena libertate declaro me ministerio Episcopi Romae, Successoris Sancti Petri, mihi per manus Cardinalium die 19 aprilis MMV COMMISSUM RENUNTIARE ita ut a die 28 februarii MMXIII, hora 20, sedes Romae, sedes Sancti Petri vacet et Conclave ad eligendum novum Summum Pontificem ab his quibus competit convocandum esse.
Fratres carissimi, ex toto corde gratias ago vobis pro omni amore et labore, quo mecum pondus ministerii mei portastis et veniam peto pro omnibus defectibus meis. Nunc autem Sanctam Dei Ecclesiam curae Summi eius Pastoris, Domini nostri Iesu Christi confidimus sanctamque eius Matrem Mariam imploramus, ut patribus Cardinalibus in eligendo novo Summo Pontifice materna sua bonitate assistat. Quod ad me attinet etiam in futuro vita orationi dedicata Sanctae Ecclesiae Dei toto ex corde servire velim.
NOTRE TRADUCTION :
Chers frères,
Je vous ai appelés à ce Consistoire non seulement à cause des trois canonisations, mais aussi pour vous communiquer LA DÉCISION SUR LA GRANDE HEURE pour la vie de l’Église. Après avoir maintes fois examiné ma conscience devant Dieu, j’ai acquis la certitude qu’à mesure que mon âge augmente, mes forces ne sont plus suffisantes pour administrer le munus pétrinien selon la justice (aeque).
Je suis bien conscient que ce munus doit procéder [exequi est un verbe déponent et a donc un sens actif et non passif, il signifie procéder, suivant secundum, c’est-à-dire en restant pertinent à sa propre essence ; en droit, il signifie aussi : poursuivre pénalement] conformément à son essence spirituelle non seulement par l’exercice de la juridiction [agendo indique l’exercice du ius agendi, c’est-à-dire du droit de gouvernement et d’action pénale] et la proclamation de la parole [loquendo indique la Parole qui a autorité, c’est-à-dire qui informe et transforme en elle-même la réalité, prononcé de la sentence inclus], mais aussi par la souffrance et la prière (la Croix et l’intercession, le munus sanctificandi). Cependant, dans le monde de notre temps qui est soumis à de violentes [rapidus contient en lui-même toutes ces nuances de : rapide, mais aussi impétueux, accablant, brûlant, et peut aussi se référer à quelque chose d’efficace, de fougueux, prêt ou violent] transformations [la rerum mutatio est la révolution : Benoît XVI fait clairement allusion au concept de révolution permanente, par opposition à celui de contre-révolution ; la révolution permanente est telle que l’une succède à l’autre, dans une succession rapide et violente : c’est un mouvement de transformation rapide et irrésistible] et bouleversée par des revendications (théologiques) écrasantes [magni ponderis, c’est-à-dire chargées de conséquences graves, lourdes] pour la vie de foi, pour commander la barque de saint Pierre [donc pour exercer le pouvoir de gouvernement, l’autorité] et pour annoncer l’Évangile [donc pour exercer le munus docendi] il faut une CERTAINE VIGUEUR DE CORPS [il faut un ‘équipage’ obéissant] ET D’ÂME [il faut une chaîne fiable de transmission des ordres], vigueur qui ces derniers mois en moi (c’est-à-dire : dans le Pontificat) s’est affaiblie au point que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministerium qui m’a été confié. Pour ces raisons, conscient de la portée (ecclésiologique, juridique, eschatologique) de cet acte, je déclare librement [me renuntiare regge: mihi commissum ita ut… et conclave invocandum esse] révéler/annoncer/dénoncer :
– la mission (commissum)* assignée par les cardinaux le 19 avril 2005 pour l’exercice (ministère) d’Évêque de Rome, Successeur de Saint Pierre, qu’à compter du 28 février 2013, à la vingtième heure, le siège de Rome, le siège de saint Pierre, sera vide [voir n° 675 du Catéchisme de l’Église catholique];
– et qu’un conclave sera convoqué pour l’élection d’un nouveau Souverain Pontife par ceux auxquels s’applique la Declaratio [voir le canon 1329 du CDC, qui étend les effets de la déclaration à tous ceux impliqués dans le crime].
Très chers frères, je vous remercie de tout cœur pour tout l’amour et le dévouement avec lesquels vous avez porté le fardeau de mon service, et je vous demande pardon pour tous mes manquements. Mais maintenant, confions la Sainte Église de Dieu à la protection de son Pasteur Suprême, notre Seigneur Jésus-Christ, et nous implorons sa Mère Marie d’assister les pères Cardinaux de sa bienveillance maternelle lors de l’élection/extirpation du nouveau [et nous avons déjà vu ce que l’on entend par “nouveau”] Souverain Pontife**. Quant à moi, je désire moi aussi servir de tout cœur la Sainte Église de Dieu à l’avenir, par une vie consacrée à la prière.
QUELQUES BRÈVES NOTES D’APPROFONDISSEMENT:
(*) Commissum nobis divinitus est une formule qui indique le titre de certaines encycliques :
- Commissum divinitus, de Grégoire XVI (17 mai 1835) : protège le Siège des tentatives d’ingérence de la société civile dans les affaires de foi.
- Commissum nobis, de saint Pie X (20 janvier 1904) : abolit leius exclusivae (c’est-à-dire le droit de veto accordé par certains États catholiques à l’élection d’un pape) : « Cette pleine liberté d’élire le Pasteur suprême est particulièrement contrariée par le veto civil, réclamé à maintes reprises par les autorités suprêmes de certaines nations, par lequel elles tentent de bloquer l’accès au Pontificat suprême. Si cela s’est parfois produit, le Siège apostolique ne l’a jamais approuvé. »
Ces deux actes revendiquent l’appartenance au Souverain Pontife de tout pouvoir en matière de Foi et condamnent toute tentative de la société civile de pénétrer les murs sacrés pour influencer son issue, que ce soit dans le cadre de sa juridiction ou au sein du conclave lui-même. Ce sont, à tous égards, des actes de protection du Siège et, par conséquent, en tant que “commissum nobis divinitus” ils peuvent être qualifiés de charge divinement assignée.
Dans le texte en question, pourtant, la charge n’est donc pas tant “divinitus” que “per manus cardinalium”. Ainsi, la différence entre les deux ‘charges’ est en réalité ontologique, puisque le mandat divin est de protéger la plénitude du Siège, tandis qu’à l’inverse, le mandat humain est exercé par les cardinaux – la soi-disant « Mafia de Saint-Gall » ! – et constitue, par rapport au premier, son exact opposé, précisément parce que ce dernier ne consiste pas dans “plénitude du Siège”, mais plutôt dans son vidage !
(**) Il convient de rappeler que, selon l’art. 83 d’UDG, l’élection n’a lieu qu’après avoir imploré l’aide divine (divino auxilio implorato). Mais ici, l’imploratio – et notez l’emploi du même verbe ‘implorare’ – est, pour ainsi dire, ‘déviée’ par l’Esprit Saint vers la bonté maternelle de Marie. Cette ‘déviation’ a une signification théologique et canonique claire, puisqu’elle implique un conclave sans l’assistance du Saint-Esprit (mais adsistere est aussi le verbe relatif à l’assistance légale, et Marie elle-même, lors du jugement devant Dieu, est notre Avocate), donc les Cardinaux auront besoin de la miséricorde – la bonté maternelle – de Marie précisément en raison de la faute commise par eux lors de l’acte électif. Cependant, dans un sens amphibologique, Marie et sa bonté maternelle peuvent également être invoquées pour extirper l’élu, c’est-à-dire, dans l’action de restaurer la légalité, par l’extirpation du nouvel élu. Concernant la traduction du terme eligere par ‘extirper’, voir les discussions linguistiques du professeur Corrias et les podcasts du Dr Cionci :
https://www.youtube.com/watch?v=cknjxlZCQqc&ab_channel=AndreaCionci-CodiceRatzinger
Essayons maintenant, en conclusion de cet avant-dernier épisode, de comprendre les mots dans leur profondeur linguistique et théologique. Et nous le faisons à travers le discours que Benoît XVI a prononcé devant les séminaristes le 8 février 2013 (du Grand Séminaire Pontifical Romain, en la fête de Notre-Dame de la Confiance), en leur expliquant précisément ce que signifie “il parlare di Pietro” (la prise de parole de Pierre).
« PIERRE PARLE !»
Le 8 février, au lendemain de la notification du texte de la Declaratio à la Secrétairerie d’État par l’intermédiaire de Mgr Gänswein, il s’attache à fournir les clés de son interprétation. Et il le fait avec les séminaristes. Ils sont les disciples, ceux à qui Jésus a tout expliqué…
Et voici comment Benoît XVI explique aux disciples le sens de la parole de Pierre, en commentant certains passages choisis de la Première Lettre.
[…] Dans tous les cas, nous pouvons conclure que l’Épître même nous indique que Pierre n’a pas été seul pour écrire cette Épître, mais il exprime la foi d’une Église qui est déjà en chemin de foi, dans une foi toujours plus mûre. Il n’écrit pas seul, comme un individu isolé, il écrit avec l’aide de l’Église, des personnes qui aident à approfondir la foi, à entrer dans la profondeur de sa pensée, de son raisonnement, de sa profondeur. Et cela est très important : Pierre ne parle pas en tant qu’individu, il parle ex persona Ecclesiae, il parle comme homme de l’Église, certainement pas comme personne, avec sa responsabilité personnelle, mais également comme personne qui parle au nom de l’Église : non seulement avec des idées privées, non pas comme un génie du XIXe siècle qui voulait exprimer uniquement des idées personnelles, que personne n’aurait pu dire auparavant. Non. Il ne parle pas comme un génie individualiste, mais il parle précisément dans la communion de l’Église. Dans l’Apocalypse, dans la vision initiale du Christ, il est dit que la voix du Christ est la voix de grandes eaux (cf. Ap 1, 15). Cela signifie : la voix du Christ rassemble toutes les eaux du monde, elle porte en elle toutes les eaux vives qui donnent vie au monde ; elle est Personne, mais c’est précisément là la grandeur du Seigneur, qui porte en lui tout le fleuve de l’Ancien Testament, et même de la sagesse des peuples. Et ce qui est dit ici sur le Seigneur vaut, d’une autre façon, également pour l’apôtre, qui ne veut pas dire uniquement une parole personnelle, mais qui porte en lui réellement les eaux de la foi, les eaux de toute l’Église, et précisément ainsi donne une fertilité, donne une fécondité et précisément ainsi, devient un témoin personnel qui s’ouvre au Seigneur et devient ainsi ouvert et vaste. Cela est donc important. […]»
Pierre parle donc avec le langage de l’Église, cum Ecclesia (commissum doit être compris avec le langage du Magistère), il parle ex Persona Ecclesiae, il parle en la personne de l’Église, comme nous le lisons dans l’incipit – pro Ecclesiae vita. Il faut donc catégoriquement exclure que Pierre se présente comme une entité biologique, ce qui l’assimilerait à un génie privé qui entend accomplir un acte original et personnel, en se référant uniquement à sa sphère privée.
Non ! Benoît XVI répond : « Non. Il ne parle pas en génie individualiste, mais il parle précisément dans la communion de l’Église. » Et même Benoît, en tant que pontife, ne peut échapper à ce mode d’expression de la part de Pierre : son discours à la première personne, comme ses forces déclinantes, ne fait donc référence ni à Joseph Ratzinger ni à sa vieillesse, mais au Siège, au Pontificat.
Ce mode de communication du pape Benoît, où il se réfère au Pontificat en parlant à la première personne, nous permet également de parvenir à des conclusions qui ne remettent pas en cause l’opinion du canoniste Fagiolo, qui, à l’occasion du 75e anniversaire de Jean-Paul II, avait exclu la légitimité de la démission du pontife pour cause d’âge, et s’inscrit donc dans l’herméneutique de la continuité, dont Benoît XVI lui-même s’est fait le porte-voix. Il convient également de rappeler que, dans sa lettre à Mgr Bux, Benoît XVI a pris soin de préciser que la décision de Jean-Paul II de ne pas démissionner en raison de son âge, inspirée par cette opinion, était correcte. Si Benoît XVI, cependant, l’avait contredite, il se serait placé en nette rupture avec elle.
Ce discours a été prononcé le 8 février, au lendemain de la remise de la Decisio scellée.
Benoît XVI explique ensuite le sens du discours à la première personne de Pierre, qui ne fait jamais référence à sa propre identité biologique, mais est uniquement et exclusivement le discours de l’histoire de l’Église tout entière : dans le discours de Pierre résonne le Dépôt de la Foi, ainsi que l’Histoire de tous les temps, en lui résonne la voix des Saints, des Prophètes, des Martyrs… mais surtout, la voix de Jésus, dont il est le Vicaire.
Pourtant – nous le répétons une fois de plus ! – ne nous laissons donc pas tromper par l’emploi de la première personne du singulier dans la Decisio, car il s’agit d’un acte de Pierre, qui englobe en lui-même le sens et la sagesse de l’histoire.
De plus, Benoît XVI, par ce discours, éclaire avec finesse le sens profond de tout l’événement en cours : que signifie le départ de Pierre pour Rome ?
Il signifie deux choses : le martyre de l’Apôtre et la naissance du Catholicisme à Rome : l’événement messianique juif, en d’autres termes, ouvre à l’universalité de la foi catholique, sur la tombe de Pierre et Paul.
Le martyre, marqué par la vieillesse de Pierre (en Jn 21, 18 : ingravescente aetate), a pour but de rendre gloire à Dieu. Et la vieillesse de Pierre – ce mystérieux ingravescente aetate – indique donc le moment du martyre de l’Église.
Cependant, Benoît XVI ne dit pas à quoi son martyre le mènera – après deux millénaires, où « devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour » (2P3,8) – aujourd’hui, celui de l’Église, empêchée et prise en otage par une “autre” Église, qui dilapide l’héritage reçu (la “nouvelle” Église, grande, étrange et extravagante, selon les visions de la bienheureuse A-C. Emmerich), en quête de recettes mondaines de salut (cf. CEC n° 675).
C’est l’Année de la Foi, mais c’est aussi l’épreuve de la foi de l’Église.
La Foi est bien le gendarme qui tient les hérésies à distance, elle est la gardienne de l’âme, elle se tient à la porte et veille, et pourtant la foi est bien plus que cela, elle n’est pas seulement une garnison… la foi, comme l’explique Benoît XVI aux séminaristes, rappelle l’histoire évangélique de la femme hémorroïsse, celle qui souffrait de crises hémorragiques depuis douze ans et qui avait dilapidé tout un patrimoine en essayant de se guérir, sans aucun succès…
L’hémorroïsse reflète l’image d’une Église qui dilapide tout le Dépôt de la Foi pour trouver une solution à sa propre condition hémorragique. Dans la tradition juive, le sang de l’hémorroïsse symbolise le sacré et l’âme. La perte du sang représente la perte de la sacralité, le sécularisme qui avance et efface toute tension surnaturelle.
La femme hémorroïsse a essayé tous les moyens humains connus pour se guérir. Elle finit par abandonner et comprit qu’il n’y avait pas de solution humaine : elle ne pouvait que toucher le bord du manteau de Jésus, car dans l’Écriture, le bord du manteau est associé aux lettres aleph et tau, signifiant le commencement et la fin, l’Éternel, le Très-Haut, Dieu lui-même…
Douze ans plus tard, l’hémorroïsse touche secrètement le bord du manteau de Jésus. Peut-être craint-elle que sa propre maladie ne le souille. Le bord du manteau lui suffit, mais le geste ne reste pas inconnu de Jésus, qui lui demande de le déclarer, de le confesser publiquement…
La scène suivante concerne la fille de Jaïre, une jeune fille de douze ans qui représente aussi l’Église : l’Église enfantine, sur le point de devenir adulte, ressuscite, reçoit sa confirmation : “elle n’est pas morte, elle dort”, et reçoit l’ordre de manger (la Sainte Eucharistie). Et 12 ans fut aussi la durée de l’hémorragie…
« […] En parlant de foi, je dois toujours penser à cette femme malade qui, au milieu de la foule, parvient à Jésus, le touche pour être guérie, et elle est guérie. Le Seigneur dit : “Qui m’a touché ?” Ils lui répondent : “Mais Seigneur, tout le monde te touche, comment peux-tu demander : qui m’a touché ?” (cf. Mt 9, 20-22). Mais le Seigneur le sait : il existe une manière de le toucher, superficielle, extérieure, qui n’a rien à voir avec une véritable rencontre avec Lui. Et il existe une manière de le toucher profondément. Et cette femme l’a véritablement touché : elle l’a touché non seulement de la main, mais aussi du cœur, et a ainsi reçu la force de guérison du Christ, en le touchant véritablement de l’intérieur, par la foi. »
On se demande si Benoît XVI, en citant le passage sur la femme hémorragique, ne connaissait pas déjà le moment de l’épilogue : pourquoi a-t-il mentionné la femme hémorroïsse et non la fille de Jaïre, alors que les deux miracles sont liés ? Mais peut-être la réponse est-elle que la guérison de la fille de Jaïre attend le geste de la femme hémorragique et attend aussi sa manifestation publique, et qu’une fois le signe et sa manifestation publique accomplis, la résurrection de la fille de Jaïre y est liée, dans une séquence nécessaire…
La confirmation de la nouvelle vie de la fille de Jaïre attend Jésus, ainsi que la guérison de la femme hémorragique et sa déclaration de foi en Jésus-Christ.
Il s’agit, en fait, de la confirmation de l’Église, de sa renaissance : tout se déroule dans la pièce où elle est morte, comme par exemple lors d’un conclave restreint à quelques intimes, avec l’enfant, ses parents, Jésus, Pierre, Jacques et Jean. Et l’Église émerge, née de nouveau et confirmée en Jésus. Et c’est si grand que cela se passe à huis clos, d’une manière incompréhensible et indescriptible…
« C’est la foi : toucher le Christ avec la main de la foi, avec notre cœur, et ainsi entrer dans la puissance de sa vie, la puissance de guérison du Seigneur. Et prions le Seigneur afin que nous puissions le toucher toujours davantage pour être guéris. Prions pour qu’il ne nous laisse pas tomber, qu’il nous tienne toujours la main et nous garde ainsi pour la vraie vie. Merci.»
Sergio Russo
(4. à suivre…)
P.S. Dans le prochain épisode, nous examinerons le niveau spécifiquement eschatologique, qui a fait de la Declaratio un “geste sans précédent” et comment il a “changé le cours de l’histoire”.
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1 commento su “Étude sur la Declaratio de Benoît XVI. Quatrième partie. Sergio Russo.”
“L’errore sostanziale è la sola e unica causa d’invalidità della rinuncia di Benedetto XVI. Dunque va condannato. Cosa aspettate?
https://www.aldomariavalli.it/2023/02/06/radaelli-vi-spiego-il-modernismo-di-ratzinger-e-perche-bisogna-guardarlo-in-faccia/
A mio parere, riprendendo Anselmo d’Asta, è l’unum argumentum.
I commenti sono chiusi.