Marco Tosatti. Interview dans L’Echo de Bruxelles. Un pontificat qui divise et ne facilite pas le choix d’un successeur.

 

 

Marco Tosatti

Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, nous soumettons à votre attention cette interview réalisée avec l’auteur de ces lignes par le correspondant à Rome de l’Echo de Bruxelles, Silvia Benedetti. Merci à Louis Lurton pour la traduction de l’italien. Bonne lecture et bonne diffusion.

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Depuis 45 ans, Marco Tosatti raconte les ombres et les lumières du Vatican. Basé à Rome, il a été, jusqu’en 2008, le vaticaniste du quotidien national La Stampa. Au lendemain de la mort du pape François, il analyse pour L’ECHO les scénarios qui attendent une Eglise catholique en émoi et fortement désorientée.

Quelle Eglise le pape François laisse-t-il derrière lui ?

Le Saint-Père laisse en héritage une communauté catholique à travers le monde ainsi qu’un Vatican très confus et fragmentés, habités par des visions antagonistes, voire irréconciliables. Son pontificat n’a certainement pas représenté une période d’unification. Il a, d’une certaine façon, exacerbé les divisions ainsi que les rivalités doctrinales et politiques au sein de l’Eglise.

A quoi songez-vous en particulier ?

Je pourrais vous signaler plusieurs documents importants qu’il a signés et qui ont provoqué des polémiques très virulentes au sein de l’univers catholique. L’exhortation apostolique post-synodale de 2016, Amoris lætitia, a, par exemple, ouvert la voie à l’accès aux sacrements des divorcés engagés dans une nouvelle union. Plusieurs cardinaux ont alors écrit à François pour exprimer leur perplexité. Il ne leur a jamais répondu. Mêmes réactions violentes suite à la déclaration Fiducia supplicans, de 2023, par laquelle il envisageait la bénédiction des couples considérés par l’Eglise comme étant « en situation irrégulière », notamment les couples homosexuels. Les réticences des évêques africains ont été immédiates et très violentes…

C’était, néanmoins, un pontife qui a tout fait pour promouvoir l’ouverture et le dialogue à travers le monde…

Oui, mais là aussi il a été accusé de dénaturer les préceptes des Evangiles. Je pense, par exemple, à la déclaration d’Abou Dhabi, co-signée en 2019 avec le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed Al-Tayeb. Elle ouvrait la voix au pluralisme religieux. Or, dans les Evangiles nous pouvons lire que « le Christ est l’unique Sauveur ».  François, par ses élans et décisions, a donc profondément déstabilisé l’Eglise. Et il faut désormais composer avec les conséquences de son pontificat.

C’est pour cette raison qu’il est souvent décrit comme un pape « révolutionnaire » ?

Oui, certains admirent son côté « révolutionnaire », d’autres l’accusent tout simplement d’avoir été un « hérétique ». Personnellement, je pense que son pontificat a été ponctué d’importantes déclarations d’intention, en termes de réformes, mais les changements structurels ont été très rares. Je songe, notamment, à la place des femmes dans l’Eglise, à la lutte contre les abus sexuels et la corruption, ainsi qu’à la croisade avortée, promise dès 2013, pour assainir les finances vaticanes.

C’est-à-dire ?

Cette réforme économique, fortement voulue par François, s’est rapidement enlisée. Le cardinal George Pell, chargé par le pape de mener ce grand « assainissement », avait souvent manifesté sa déception. Il a été, en effet, parfois désavoué par le pontife même. François laisse donc en héritage ce gros chantier à celui qui sera désigné pour lui succéder.

Face à toutes ces divisions, quelle sera l’issue du prochain conclave ?

J’aimerais bien le savoir moi-même ! Rappelez-vous ce que l’on dit avant chaque élection papale : « Celui qui entre au conclave pape en sort cardinal ». En effet, le résultat de cette élection séculaire déjoue très souvent les pronostics. Peut-être dans deux semaines, au fil des scrutins à venir, un candidat capable de réconcilier l’âme progressiste et celle traditionaliste du Vatican saura-t-il prévaloir. Un candidat qui soit une sorte de point d’équilibre et de médiation, capable de sortir l’Eglise de la grave crise doctrinale, spirituelle, politique et vocationnelle dont elle souffre depuis plusieurs années.

Les cardinaux étrangers pressentis pour succéder à François sont très nombreux…

Oui, et il est important de souligner que le pontificat de François coïncide avec une chute très significative des vocations.  Or, le succès d’un pape se mesure précisément au nombre de nouveaux prêtres ordonnés: des jeunes inspirés par le charisme et la force spirituelle du pontife qui gouverne depuis Rome. Aujourd’hui, la plupart des vocations naissent en Afrique, en Asie et en Amérique latine. On pourrait donc envisager, voire souhaiter, l’élection d’un pape africain ou asiatique… Ça serait un symbole d’élan vital, de renaissance de l’Eglise. Mais ce n’est pas ainsi que se font les choix au sein d’un conclave.

Quelles logiques vont-elles alors prévaloir au cours de cette prochaine élection ?

Un conclave est un processus éminemment politique, influencé par le poids d’interactions secrètes, de jeux de pouvoir et de mystérieux rapports de force. François a créé 108 des 135 cardinaux électeurs. On pourrait donc imaginer l’élection d’un pontife progressiste, à même de suivre la direction indiquée au cours du dernier pontificat. Mais les cardinaux créés par le pape ne se connaissent souvent pas entre eux. Cela rendra plus difficile le travail des « congrégations générales » à venir ainsi que l’identification d’un successeur pour le trône de Pierre.

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